Rechercher
  • CorseGSM

Corse GSM, l'opérateur insulaire qui veut faire bouger les lignes

L'opérateur de téléphonie corse vient de passer la barre des 60 000 abonnés et continue de placer ses pions sur ce marché ultra-concurrentiel en franchissant les frontières de l'île. Dix-huit mois après le divorce avec SFR, il entend transformer l'essai avec de nouvelles ambitions

Louis ANTONINI, Président de CORSE GSM, et sa fille Margaux, Directrice Générale. - Christian Buffa

Louis Antonini a le sourire. Lorsqu'on le rencontre, ce matin de décembre, au siège de sa société, à Furiani, le président de Corse GSM s'affiche serein. L'opérateur de téléphonie vient de signer, quelques jours plus tôt, un contrat de 30 000 lignes avec une grande entreprise dont il taira le nom.


Ce mardi, après notre entretien, il s'apprête à conclure un nouveau partenariat du même acabit. "On vient de franchir la barre des 60 000 abonnés, avance le maître des lieux. Nous sommes à l'équilibre comptable depuis l'été dernier et, si tout se passe bien, on devrait dépasser les 100 000 lignes en début d'année pour dégager des bénéfices au premier trimestre 2022."


Il faut dire que l'entreprise revient de loin. Pendant vingt ans, la société Corse GSM, créée en 1994 par Louis Antonini, avait travaillé main dans la main avec un mastodonte de la téléphonie, SFR. Un partenariat pour le moins fructueux, qui avait contribué à placer l'opérateur en tête sur le marché insulaire. Corse GSM distribuait en exclusivité ses produits dans une vingtaine de magasins à travers l'île.


"Nous sommes arrivés dans ce secteur à une époque où il n'y avait qu'Itineris, le service de téléphonie de France Télécom, raconte Louis Antonini. Au regard des prix pratiqués il y a vingt-cinq ans, je pensais bêtement que c'était un marché élitiste. Je n'avais pas envisagé une telle démocratisation."


"On devait choisir : s'arrêter ou prendre un virage radical"

Ce challenge prend la forme d'une reconversion insoupçonnée pour le chef d'entreprise. Après avoir commencé sa carrière dans l'importation de viande, le prêt-à-porter de luxe et les assurances, il met les pieds dans ce monde alors inconnu de la téléphonie mobile.


Si son association avec SFR lui laisse, de son propre aveu, peu de marge de manœuvre pour développer ses propres activités, elle se révèle toutefois payante. L'opérateur atteint jusqu'à 75 % de parts de marché dans l'île au plus fort de son activité. De son côté, Corse GSM affiche un chiffre d'affaires de 15 millions d'euros et emploie une soixantaine de salariés. Mais le mariage tourne à la rupture avant les noces d'argent.

Sur fond de nouvelle politique actionnariale au sommet de SFR, les relations se distendent entre les deux partenaires. En l'espace de quelques années, leur activité accuse une lourde perte de vitesse et, en 2020, le divorce est consommé : le contrat qui lie l'opérateur et son distributeur historique dans l'île n'est pas renouvelé. SFR reprend en main sa commercialisation en ouvrant ses propres boutiques. Aujourd'hui encore, le bras de fer se poursuit devant le conseil des prud'hommes pour la reconnaissance de l'opérateur comme co-employeur. L'avenir de Corse GSM est alors en suspens. "On devait faire un choix : s'arrêter là ou prendre un virage radical, explique Louis Antonini. Les salariés ont eu envie de se battre et m'ont proposé un projet pour relancer l'entreprise. À 63 ans, j'aurais pu prendre ma retraite, mais, sans doute par orgueil, j'ai relevé ce nouveau pari."


Cette nouvelle page s'ouvre en juillet 2020. Corse GSM devient un MVNO, un opérateur virtuel de téléphonie. Le concept ? En s'appuyant sur la structure technique du réseau Orange, l'entreprise commercialise ses propres offres fixes et mobiles. En quelques mois, sept millions d'euros sont investis dans le lancement de ce nouvel opérateur téléphonique "100 % Corse".


Tous les services sont installés au siège de l'entreprise, en bordure de la RT 11, à Furiani. L'entreprise compte à ce jour 72 employés, quinze magasins dans l'île et trois points de vente viennent d'ouvrir leurs portes sur le continent.


"Beaucoup de particuliers et d'entreprises corses nous ont soutenus, comme la Corsica Ferries ou Citroën, fait savoir le patron de Corse GSM. Cependant, on ne comprend pas l'absence de soutien de la Collectivité de Corse qui privilégie une société continentale, SFR, au détriment d'un opérateur corse."


"La marge de progression est énorme"


Le nouvel opérateur n'en a pas moins placé ses pions sur le territoire insulaire. Avec quelque 20 000 lignes dans l'île, il a engrangé en dix-huit mois environ 5 % de parts de marché et entend continuer à faire bouger les lignes dans ce secteur ultra-concurrentiel. "La marge de progression est énorme", considère Margaux Antonini.

À 24 ans, cette jeune femme tout juste diplômée d'une formation en entrepreneuriat veut incarner une nouvelle génération à la tête de l'entreprise. Aux côtés de son frère Louis, elle préside depuis quelques mois aux destinées de Corse GSM, dans les pas de leur père. "Au départ, je ne voulais pas travailler dans ce secteur, explique-t-elle. Mais le nouveau projet m'a donné envie de m'investir et de relever ce challenge avec mon père."


Dix-huit mois après avoir rompu la ligne avec SFR, Corse GSM assume sa métamorphose. Son ambition : retrouver sa place en poursuivant son insertion sur le marché du mobile et en développant, dès les prochaines semaines, des offres fixes et Internet. Si l'entreprise s'emploie à mettre en avant sa fibre identitaire et revendique son statut d'opérateur local, elle est toutefois bien consciente que cet élément marketing ne suffit pas pour s'imposer dans un secteur où la concurrence fait rage. "Il faut que le service et le prix suivent, sinon ça ne marche pas, souligne Louis Antonini. Le fait d'être une structure légère est pour nous une force : il nous permet d'être plus réactifs et, lorsqu'un client a un problème, on le règle ici. Pas avec un conseiller en ligne à l'autre bout du monde."


Article CORSE MATIN - Par Julian MATTEI - Le 22 Décembre 2021



35 vues0 commentaire